jeudi 7 novembre 2013

Normale

Retour de stage un peu compliqué. J'ai pleuré (un peu), j'ai voulu renoncer (beaucoup), et j'ai parlé.
J'ai parlé avec mes camarades de promo, avec les formateurs, et avec le psy, en analyse de pratique.
À force de parler j'ai arrêté de pleurer, et arrêté de vouloir renoncer.
J'ai reçu des messages. Certains m'ont fait plaisir, d'autres m'ont fait bondir. Tous m'ont fait réfléchir.

Je n'ai pas la prétention d'être une élève au-dessus du lot. Je ne me pense pas comme étant une super auxiliaire de vie qui sera une super aide-soignante. Je ne suis pas une parfaite petite stagiaire qui voit et comprend tout en moins d'une semaine. Je ne suis rien de tout ça.

Je suis une élève normale, je pose des questions quand je ne comprends pas, je rame sur les cours d'anatomie, et je carbure au café toute la journée.
Je suis (j'étais?) une auxiliaire de vie normale, j'essayais de bien faire mon travail, d'être professionnelle, mais il m'arrivait de me tromper, de mal travailler, peut-être même d'être maltraitante sans m'en rendre compte.
Je suis une stagiaire normale. J'observe, j'essaie de comprendre, de faire, mais je ne suis pas sûre de moi, et ça me rend parfois maladroite.

Bref, je suis normale.

Ni meilleure ni pire que les autres. Ni une stagiaire imbue d'elle-même ni une espèce de petite conne prétentieuse qui se permet de juger sans connaître. Juste une stagiaire normale qui a cru voir des choses anormales et qui a voulu en parler pour voir comment était la normalité des autres.

Visiblement, nous n'avons pas tous la même.

12 commentaires:

  1. C'est pourtant en les confrontant que le choses avancent! Tiens le coup! :)

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  2. poursuivre l'écriture, le reste viendra. C'est compliqué le soin, le nursing, cela nous met chaque jour en question, devant chaque chambre une remise à zero. Le plus complexe reste la formation, le temps de la formation, le statut de l'"l'éléve" est bancal. Les équipes ne sont pas toutes pretes à former à accueillir à réfléchir sur ce qui est transmis, on ne s'improvise pas formateur d'où toutes ces situations maltraitantes. Je suis as en ortho pas meilleur pas pire. La question du temps du nursing est un débat quotidien, il masque la surcharge de travail, il fait le jeu des directions administratives toujours pretes à quantifier un soin mais incapable à le faire. Tous les jours je vois combien ce "faire vite" cache une façon de s'épargner d'éviter la difficulté, tout comme cette stimulation de l'autonomie où tu mets une personne à la salle de bain et tu te défiles comme si une personne de plus de 80 ans peut se laver le dos les jambes avec en plus une prothése de hanche ou de genou à J4 ou 5.
    On pourrait tartiner des heures.
    j'ai 5 ans d'experience et 61 balais j'ai croisé des as merveilleuses bientraitantes, intelligentes, auto-critiques et habiles, c'est aussi possible. Je travaille avec des collègues que je respecte mais que je critique et j'accepte aussi les critiques. Ce boulot est dur mal payé, ingrat, les rencontres peuvent être flamboyantes et écrire nécessaire voire plus quand éclot un talent

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  3. ecrire oui continuer à écrire, le soin est une encre généreuse. Le statut de l'éléve as est ingrat et peut etre cruel. Il faut tenir si l'on juge que l'enjeu est pour soi jouable. Les équipes ne sont pas toutes préparer à accueillir, elles ne sont pas formées à cela, c'est en tous cas ce que j'observe dans mon service en clinik service ortho. Mais il y a aussi des as merveilleuses qui sont préoccupées par le soin, le patient et non le chrono. Beaucoup exercent sans trop faire d'erreurs de respect de la personne, de mise en danger, sans économiser les regles d'hygiéne. Après 5 années d'exercice en ortho il est rare que je mette 20 mn pour faire une toilette surtout au lavabo qd un patient à J2 d'une fracture du fémur opérée va à la salle de bain. Souvent je me fais engueuler jamais je ne transige à 61 ans on ne transige pas, on demande à la collégue de nous montrer et on liste tt ce que l'on remarque qui n'est pas respecté dont la sécurité de la personne, le respect de l'histoire et de l'histoire médicale du patient.
    Ce travail est un combat vivifiant, il m'apprend à tenir debout, à voir mes limites quand je deviens aussi maltraitant, ce travail m'apprend à mourir et donc à vivre.
    Vous serez diplomée et les galéres continueront mais vous réfléchissez, vous vous mettez en question et surtout vous écrivez. Ne cessez pas d'écrire là aussi est votre talent

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  4. Je forme mes AS (deux par an... à ce rythme là, on n'est pas arrivés...) à accueillir les stagiaires, à les encadrer parce que je n'oublie pas que ce sont nos collègues de demain, ceux et celles que nous accueillons en stage. Deux stagiaires passés l'an dernier ont postulé pour un poste AS.
    Pour avoir été stagiaire il n'y a pas si longtemps, c'est extrêmement déstabilisant aussi, nous en avions parlé de vive voix...
    Il faut s'amadouer, apprendre à se faire confiance. Ce qui m'ennuie dans ton expérience c'est que tu étais, pour partie, face à des AS nouvellement diplômées.
    Lorsque je discute avec mon copain gros manager, celui-ci me dit que nombre de dysfonctionnements sont intrinsèquement liés à la nature humaine, et à rien d'autre. Qu'il ne faut pas y voir quoi que ce soit derrière, juste les travers de l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus conscient et de plus inconscient. Tu imagines bien que nos discussions sont enflammées lorsque nous abordons ces points là, mais je dois, parfois, admettre qu'il a désespérément raison... Sa règle des 5 C (c'est con mais c'est comme ça) est souvent, implacable...
    Pauvre de nous...
    Comme je te le disais avant hier, la réaction de l'équipe a peut être été violente car en grande souffrance, et consciente de sa "maltraitance ordinaire". J'ai coutume de dire qu'il n'y a pas de soignant maltraitant par nature, il y a juste des hommes et des femmes épuisés que nous devons, NOUS, directeurs, soutenir et accompagner. Mais nous nous y épuisons aussi, parce que c'est le système qui est pernicieux !
    Dans le secteur où l'absentéisme est je crois le plus fort de tous les secteurs, pourquoi les autorités de tarification n'admettent pas une ligne budgétaire "régulation d'équipe, analyse des pratiques, activités sensorielles pour l'équipe". Lorsqu'on le demande, ils nous répondent de prendre ça sur nos budgets personnels qui, 9 fois sur 10, ne prennent déjà pas en compte les coûts de remplacement de l'absentéisme. Alors les grandes théories de notre chère ministre me mette souvent sur les dents...
    Tiens, j'ai un blog, d'ailleurs, pour aller y vomir mon mal être, et mes acrobaties liées à mes renoncements... Faudrait que je m'y remette...

    J'ai mal à mon je/nous :(

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  5. Tu n'as pas à te justifier, et tes billets ne font aucunement penser que tu te sentirais supérieure. Non, tu as simplement le regard distancié, ce regard de l'étudiante encore "à côté", pendant que les autres sont le nez dans le guidon et baignent dans une atmosphère de service que bâtissent les passés et passifs de chacun.
    Ce regard est précieux pour les équipes, simplement, certaines d'entre elles sont beaucoup trop prises dans des fonctionnements qui peuvent aboutir à la maltraitance, par négligence la plupart du temps (une question d'économie psychique pour les soignants !).
    J'ajouterais que même si ce sont les comportements individuels qui nous sautent aux yeux, toute institution hospitalière comporte une part de violence pour les soignants (et donc pour les patients), et c'est beaucoup de la violence institutionnelle que découlent les dérives des soignants.
    Le comprendre, l'appréhender dans l'institution particulière où tu travailleras, c'est changer d'ennemi, c'est comprendre l'humain et se regarder soi - car quand on "dure" dans un service, tout un système de mécanisme de défense se met en place, auquel on doit rester vigilant, constamment - c'est reconnaitre les causes réelles des mouvements de violence interne à l'équipe et se répercutant sur les patients.
    Enfin bref.
    Encore, bon courage, et quand tu veux pour en parler plus :)

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    1. monoblog,
      merci. ton analyse est exactement le reflet de ma pensée.je suis moins a l'aise avec l'ecriture pour arriver à le synthetiser de cette façon...

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  6. J'aime beaucoup ta façon d'écrire, juste et vraie :) continue comme ça et tu te sentiras mieux. Le plus important c'est que quoi que tu fasses, tu sois en accord avec toi-même. J'ai un ptit blog (soignantsensante.wordpress.com), n'hésite pas à venir y faire un tour : tu es la bienvenue ! Bon courage ! Rayon de Soleil

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    1. Je connais ton blog, et je l'aime beaucoup! Du coup je suis flattée que tu sois passée ici ;-)

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  7. Tant que tu mettras du sens dans ce que tu fais, tu ne seras jamais à coté de la plaque. Mais ça peut mettre un peu de temps de trouver le bon sens: pas celui des autre mais le tiens. Construire son identité de soignant ça prend forcément un peu de temps, beaucoup de questions et demande autant d'exemples que de contre-exemples.

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  8. Salut Babeth j'aime lire ton blog car moi aussi je vais commencer ma formation d'aides soignants en janvier.Ne te décourages pas notre futur métier est enrichissant sur le plan humain certes difficile mais au moins on donne un sens a notre vie.C'est bien que t'en a parlé a l'équipe pédagogique de ton institut:on est la pour apprendre on a regard tout neuf sur le métier forcément on n'a pas la même vision qu'un professionnel.Bisous

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  9. je suis en train de passer par là ... c'est très dur à vivre, j'ai encore des moments où je crois que tout va s'arrêter là ... parler c'est bien mais et si je ne faisais pas de progrès ???

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    1. J'ai eu une note très pourrie à mon premier stage, et une note pourrie à mon deuxième stage. Une bonne note au troisième, mais avec une appréciation pourrie. J'ai donc attendu mon quatrième stage pour avoir une note et une appréciation correcte. Ne désespère pas, il n'y a pas de raison que tu n'y arrives pas.

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