vendredi 13 décembre 2013

Chambre 423 (2)

Je suis donc retournée à l'hôpital. Le premier jour, après être sortie de ma voiture, je suis restée de longues minutes devant ce grand bâtiment qui avait englouti mon père. Tout droit, l'entrée. À gauche, la chambre mortuaire. À droite, le service de gastro. Là où il est mort. Entrer. Prendre à droite. Pas en gastro, non, mais l'étage en dessous. Chirurgie. Dernière porte, tout au fond. Mêmes couloirs, mêmes chambres, même vue depuis les fenêtres.
Même numérotation de chambres. Chambre 423. La même qu'en haut. Exactement la même. De la fenêtre, je vois le clocher de l'église du bourg voisin. Là où a eu lieu la cérémonie d'enterrement.
Un mois de stage. Un mois à passer devant la chambre 423. J'y entre rarement car ce n'est pas "mon" secteur. Servir un repas de temps en temps, aider à l'installation d'un patient, apporter un bassin... Je n'y reste jamais longtemps.
Dernier jour de stage. Je finis dans une heure. L'après-midi, c'est le nettoyage à fond des chambres des sortants. Cet après-midi, c'est la chambre 423 qui est à faire. Bizarrement, ça ne fait pas tilt. Je commence tranquillement, je désinfecte le lit, le matelas, tout en discutant avec ma co-stagiaire, et subitement, je réalise. Je suis dans la chambre 423. Pile au-dessus de moi, mon père est mort. Arrêt. J'ouvre les volets en grand. De même que j'étais restée de longues minutes devant l'hôpital le premier jour, je reste devant la fenêtre et je regarde. Les champs, la petite route qui s'en va vers le bourg, et le clocher, au loin, dans la brume. Le dernier paysage qu'a vu mon père.
Larmes. Et sourire. La boucle est bouclée.

lundi 9 décembre 2013

Une simple toilette?

Deuxième stage. Cette fois encore, nous devons prendre en charge, non pardon, en soin, deux patients. Ce sont "nos" patients. Nous nous occupons d'eux en priorité et, s'il reste du temps, on peut aider auprès des autres.

Je revis. Ici, pas d'aide-soignante planquée derrière la porte pour chronométrer la toilette. Ici, j'ai le droit de prendre le temps. Et je le prends. Je fais connaissance avec les patients. "Mes" patients. Je les découvre, je les observe, je leur parle. Je découvre une équipe, je l'observe, je lui parle. Et je découvre avec bonheur que la prise en soin de l'aide-soignante ne se résume pas qu'à la sacro-sainte toilette. Parce que pendant le soin, on peut faire plein d'autres choses. Parler et faire parler, bouger et faire bouger, poser des questions, écouter des réponses... Aider et prendre soin, aider en prenant soin. Observer et rendre compte, et adapter la prise en soin : à la personne, à sa pathologie, à un objectif.
Finalement, la fameuse toilette n'est plus qu'un simple acte d'hygiène, c'est aussi un temps privilégié pour la parole, le mouvement, l'échange. Il y a de la beauté dans la simplicité.

Je revis. Vraiment.