samedi 25 janvier 2014

Normale (2)

Troisième stage.
Psychiatrie en secteur fermé. J'avoue, j'avais les chocottes. Pour plein de raisons. D'abord, parce que c'est loin de chez moi. Très loin. Trop loin pour rentrer tous les jours. Alors je dors loin de chez moi, et je ne rentre que le week-end. C'est la première fois que je quitte mes enfants aussi longtemps. C'est dur.
Et puis, la psychiatrie, honnêtement, c'est LE stage qui me fait peur. Bon, d'accord, je connais un peu, expérience professionnelle toussa toussa, sauf que là, c'est différent. Moi je connaissais les malades Bisounours, du genre de ceux qu'on voit parfois à la télé dans les téléfilms gentillets ou les émissions de Sophie Davant. J'avais bien croisé quelques personnes vraiment spéciales, du genre "Bonjour je m'appelle Louis XIV, et vous?", mais ça restait assez exceptionnel. Là, je ne vois que des personnes vraiment spéciales. Spéciales et dangereuses. Dangereuses pour elles et pour les autres. Pour ceux qui ne me connaissent pas en vrai, je vous fais une description assez sommaire de ma (petite) personne : cinquante kilos toute mouillée, plutôt fluette, et une voix de gamine pré-pubère. Bref, je suis pas du genre imposant, au contraire.
Le premier jour, je me suis perdue. Forcément. Pour démarrer un stage, ça fait sérieux. Et pour la bonne impression de stagiaire sérieuse, on repassera. J'ai passé cette journée à observer : les patients, l'équipe, le fonctionnement, tout. C'est fascinant. Les interactions entre soignants et soignés sont à l'opposé de tout ce que j'ai pu voir ailleurs. Observation et relation. L'à peu près n'a pas sa place ici. Les postures, les intonations, les paroles des soignants semblent réfléchies, travaillées et maîtrisées.
Celles des soignés, par contre... Qui sont-ils, ces hommes qui déambulent du salon à la cour et de la cour au salon? Qu'y a-t-il derrière ces yeux qui me fixent ou qui m'évitent? Que faut-il comprendre de leurs paroles décousues, de leurs discours exaltés ou de leur mutisme assourdissant?
Les jours suivants, j'observe encore et encore. Infirmiers, aides-soignants, agents, médecins, ergothérapeutes, psychiatres, psychologues... J'ai rarement vu une telle équipe de soins. Ils sont passionnés et passionnants.
Fin de semaine, retour maison et retrouvailles familiales. Retour à la vie normale. Chez moi, je peux parler normalement, me tenir normalement, regarder les choses normalement. Après une semaine passée loin de chez moi, à n'avoir pour compagnie que les soignants et les soignés de l'hôpital psychiatrique, ce retour à la normale me paraît brutal. Je suis là sans être là. Je suis là en étant encore là-bas.
Et soudain, entre deux tâches normales de ma vie normale pendant mon week-end normal, je me pose LA question que je n'ai pas réussi à formuler clairement cette semaine : dans quelle dimension du soin sommes-nous ici? Éducative, préventive, maintenance, curative, palliative? Il me reste trois semaines pour trouver la réponse. Pas la réponse attendue par l'IFAS, non, ça serait trop facile (Google est ton ami, le site infirmiers.com aussi). Je veux réfléchir et trouver ma réponse, celle de Babeth, EAS un peu ratée mais pas encore ratatinée.
En attendant, je vais profiter de mon dimanche normal pour faire des choses normales... La normalité, parfois, c'est tout simplement extraordinaire!

6 commentaires:

  1. La rencontre avec la folie est toujours marquante... Et on peut en faire quelque chose de formidable dans sa pratique, où que l'on exerce ensuite :)

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  2. Très perturbant ces services, ces patients...
    Je te souhaite que ça t'apporte beaucoup et que tu trouves ta réponse.
    Bon stage :)

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  3. Ergothérapeute en psychiatrie, et lectrice de tes blogs depuis un moment (...parce que j'ai aussi travaillé en gériatrie, en géronto-psychiatrie, en institution, à domicile, avec des collègues super et d'autres...bah, pas du tout super!!) ...eh bien quelque chose me dit que cette "rencontre" avec ce service là...ça pourrait bien être le début d'un chouette cheminement...où ce seront les patients qui seront gagnants !!

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  4. Bonjour Babeth !
    Je vous suis avec grand intérêt depuis..... à peu près le début.
    A propos de psychiatrie, je voulais vous faire partager mon expérience d'intervenante en percussions corporelles en gérontopsychiatrie. Un travail passionnant, et de très belles rencontres.
    Plein de bonnes choses à vous !

    http://www.youtube.com/watch?v=UDRaAmFnnIE

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    1. Alors là, je suis fan! On est bretonnes toutes les deux, ce serait chouette de pouvoir se rencontrer non?

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    2. Ce serait avec un grand plaisir ! J'habite à côté de Concarneau, mais circule beaucoup pour mon travail ou autre.... Mon numéro de téléphone est sur mon site Internet !
      A très bientôt?
      Anne

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