mardi 13 mai 2014

Une histoire de choix (2)

Avril 1999.
J'ai un choix à faire. Ramener ma mère à Paris et rentrer vite fait à Toulouse passer l'oral surprise avec la psy pour tenter de décrocher LE concours qui me permettrait d'exercer un super métier ou rester quelques jours de plus en Vendée, ne pas aller à cet entretien imprévu et retenter le concours l'an prochain.
Évidemment, vu sous cet angle, ça paraît tellement simple, tellement évident! Mais en vrai, non, ça ne l'était pas. Parce qu'en vrai je n'avais plus de congés avant le mois d'août, et d'ici-là, il pouvait se passer tellement de choses. En vrai, je devais interrompre les vacances de ma mère et l'abandonner à la grisaille parisienne alors que ça faisait des mois qu'elle attendait ce voyage. En vrai, il fallait que je réussisse un concours qui pourrait déterminer ma vie professionnelle, soit les quarante prochaines années à venir, alors que je ne savais même pas si je pourrais encore voir ma mère dans un mois.
Forcément, j'ai choisi la voie de la raison. Enfin, quand je dis "choisi", c'est un bien grand mot...
Nous sommes donc allées changer nos billets de train pour un retour anticipé. Départ prévu le lendemain (mercredi), arrivée prévue le jeudi matin à Toulouse par le train de nuit après avoir déposé ma mère. Pour clore cette journée pourrie, on a décidé de s'offrir LE restaurant étoilé du coin. On n'a pas regretté : on a mangé comme des reines, la note était salée mais peu nous importait.
Le lendemain, c'était avec amertume que nous nous apprêtions à prendre le train. Arrivées très en avance à la gare, je profitai de l'attente pour rappeler l'institut de formation afin de confirmer l'heure de l'entretien psy. Heureuse initiative! L'entretien avait été décalé au lundi pour cause d'indisponibilité de la psychologue devant me recevoir. Un peu plus et je me pointais jeudi matin la bouche en coeur... pour rien!
Re-annulation des billets, retour maison et poursuite des vacances pour quelques précieux jours de plus.
Le lundi matin, c'est fraîche et dispose que je me présentai pour le dernier entretien. J'avais rendez-vous à neuf heures, j'étais là très en avance. Le stress. Huit heures et demie. Personne, normal. Neuf heures moins le quart. Toujours personne, normal. Neuf heures. Personne, bizarre. Neuf heures et quart. Toujours personne, vraiment bizarre. Neuf heures et demie. Personne? Vraiment? Dix heures. Euh... je fais quoi? Je rentre? J'allais et venais entre le secrétariat et la salle d'attente, je sortais, rentrais, guettais par la fenêtre, faisais les cent pas. La psychologue a fini par arriver vers onze heures. D'un ton sec, elle m'a dit qu'elle m'avait attendue jeudi, que je n'étais pas venue, et qu'on ne l'avait guère prévenue qu'elle devait me recevoir ce matin. Que j'aurais dû prévoir d'être disponible pour le concours et ne pas partir en congés. J'ai faiblement répondu qu'on ne m'avait pas prévenue de l'éventualité d'un oral supplémentaire, que ces vacances avec ma mère avaient été prévues de longue date en dehors des périodes de concours et que, vraiment, j'étais désolée de ce malentendu.
Forcément, vu le contexte, l'entretien n'a pas été fabuleux. J'étais sur la défensive, j'ai enchaîné les platitudes et les lieux communs, bref, j'ai été nulle!
Forcément, j'ai raté le concours.
Ma mère est morte quelques mois plus tard.
C'était vraiment une année de merde.

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