samedi 28 juin 2014

MSP3

J'ai fait une pause. Un médecin compréhensif et des formateurs à l'écoute m'y ont aidée. Un arrêt de travail et de la chimie pour le cerveau ont également été salvateurs. À l'IFAS, ma tutrice s'est occupée de tout. Elle m'a trouvé un stage de remplacement en catastrophe et a fait reporter le stage optionnel au mois de juillet. Elle m'a aussi écoutée, rassurée et encouragée.
Il y a eu la dernière journée à l'école, qui marquait la fin de l'avant-dernier stage. Quasiment la fin de la formation. Revoir mes camarades de promo, les écouter parler de leur stage et de la fameuse MSP3, voir les résultats affichés dans le hall et, en face de mon nom, la mention "absente", j'avoue, c'était difficile. Les écouter parler de leurs projets professionnels, alors que j'étais encore en plein doute sur les miens, me donnait une étrange sensation de décalage. Et puis, j'avoue, j'avais peur. Et honte. Parce que si je ratais la MSP sur le stage à venir, je devrais la repasser sur mon stage optionnel. Mais j'avais choisi le SSIAD, et ce n'était pas possible de faire une MSP à domicile. Il me faudrait donc trouver un autre stage optionnel. En juillet. Dans un service où, sans doute, certains de mes collègues de promo feraient déjà leurs armes en tant que jeunes professionnels. Vous imaginez le malaise.
Il y a eu mon affectation de stage. En EHPAD, à une heure de chez moi. Dans un établissement qui dépendait du même pôle de gériatrie que l'EHPAD de mon premier stage. Joie. Autant vous dire que j'y suis allée la peur au ventre. Peur de croiser des membres de l'équipe du premier stage (ça tourne beaucoup par ici). Peur de devoir me justifier sur mon parachutage inopiné. Et surtout, peur d'être médiocre une fois de plus.
Il y a eu le premier jour de stage. La rencontre avec le cadre, rassurant. La découverte de l'équipe, bienveillante. Alors oui, c'est loin. Oui, c'est grand. Oui, il y a beaucoup de résidents pour trop peu de soignants. Mais ici, l'équipe est souriante, encadrante, le cadre de santé est présent. Ici, je peux poser des questions et trouver des réponses. Ici, j'ai l'impression que j'apprends, que je progresse. Ici, je me sens bien. Et ça se répercute sur mon stage. Et sur mon moral.
Il y a eu la revalidation de la MSP d'ergonomie, que j'avais superbement ratée, à cause d'un stress pas du tout maîtrisé. 19,75/20. Une jolie revanche.
Et il y a eu, enfin, la MSP3. J'ai travaillé dur. Le matin, je me levais à 4h30, partais à 5h30, arrivais à 6h30 et, après mes heures, restais sur le lieu de stage pour bosser mes démarches de soins. J'avais une semaine et demie pour préparer l'examen, j'ai vécu ces dix jours à fond. J'ai peu dormi, à peine vu mes enfants et me suis droguée au café. La veille de la MSP, j'étais du soir. Je suis rentrée chez moi à 22h, me suis couchée aussitôt, n'ai pas pu dormir avant minuit à cause d'un baby Georges d'humeur joueuse, me suis levée à 3h30, ai relu et corrigé mes démarches et suis partie à 5h pour arriver, épuisée et anxieuse, à l'EHPAD. Transmissions, stress, relecture, stress, café, stress, questions diverses, stress, préparation du chariot, stress, encouragements de l'équipe, stress, arrivée de ma tutrice, stress, choix du patient, stress... et c'est parti. Après, ça a roulé. Démarche de soins, toilette, diagramme, besoins perturbés, attente. Bizarrement, sans stress. Regards complices de mes jurys, interdiction de donner le résultat avant une bonne semaine mais leur sourire en sortant du bureau me met sur la voie. "Vous pouvez dormir tranquille" me dit ma tutrice. "Tu peux même très bien dormir tranquille" rajoute mon encadrante. Message reçu. MSP réussie.
Et maintenant? Il me reste deux semaines de stage. Puis trois semaines en SSIAD. Il me faut des bonnes notes, histoire de rattraper les évaluations pas terribles de mes deux premiers stages. Mais j'ai regagné en confiance, alors je repars du bon pied. Je finirai en retard, mais je finirai. Après ça, il me faudra attendre début octobre pour être diplômée. En attendant, il faut que je trouve un boulot au plus vite, ce qui s'avère compliqué étant donné que j'arrive en retard et sans diplôme sur le marché du travail. Mais j'ai le moral. Je vois arriver la fin de la formation, et je suis réellement heureuse d'avoir tenu bon malgré les difficultés. Et, enfin, je commence à me faire à l'idée que je suis capable d'être aide-soignante, malgré tout.

PS1 : merci pour votre soutien. J'étais vraiment mal quand j'ai écrit les derniers billets, vos commentaires pleins de confiance et de bienveillance m'ont beaucoup aidée.

PS2 : 28,5/30 à la MSP et note maximale en stage. Je crois que ça va ;-) (et toc pour la cadre dragon!)

dimanche 8 juin 2014

Vide

L'année a été dure.
Les cours, les stages, la promo, la vie de famille, la précarité, la fatigue... Je n'avais pas imaginé que c'était tout ça, la formation. Bien sûr, j'avais lu des témoignages, sur des forums, des blogs. J'avais vu des étudiants en souffrance, qui disaient que c'était dur, j'avais lu que certains craquaient et lâchaient en cours de route. Mais moi, j'avais confiance. Je me croyais au-dessus de ça. Parce que j'avais déjà fait une formation, parce que j'avais une famille, parce que j'étais un peu plus âgée, parce que j'avais déjà traversé des choses pas faciles, et puis, je l'avoue, parce qu'il y avait des gens qui m'avaient dit que je serais une bonne soignante. Alors, confiante et naïve, je me croyais protégée par tout ça. Mon cursus, ma famille, mon âge, mon expérience, mes amis, me tiendraient à l'écart des difficultés. Une année de formation, un diplôme, un boulot à la clé, et à nous le retour à la vie "normale", avec des horaires "normaux" et un salaire "normal"! Tout était planifié, tout allait bien se passer.
Les cours? Niveau V, ça devait être à ma portée voyons, il suffisait de bien réviser.
Les stages? Facile, il suffirait d'être naturelle, d'écouter, d'obéir aux consignes, et ça se passerait très bien.
La vie de famille? Tout allait bien se passer, je ne verrais pas beaucoup les enfants cette année mais c'était pour une bonne cause.
La précarité? Allez, encore dix petits mois à tenir, dix mois ce n'était rien, et puis c'était délicieux les pâtes, on pouvait faire plein de recettes avec, regardez les Italiens!
La fatigue? Hé ho c'est bon, j'avais deux gosses, c'était pas une petite formation qui allait m'effrayer hein!
Confiante je vous dis! Et naïve. Et un peu conne aussi.
Je n'avais pas prévu le stress des évaluations.
Je n'avais pas imaginé que la position de stagiaire serait si difficile.
Je n'avais pas pensé que la vie de famille serait à ce point bouleversée.
Je n'avais pas anticipé les dépenses supplémentaires dûes aux (longs) trajets à répétition.
Je ne m'attendais pas à être épuisée à ce point.
Bref, je croyais que ça irait, et puis non.
Je croyais que je serais une bonne élève et une bonne stagiaire, et puis non.
Je croyais qu'à la maison ça irait, que ces quelques mois ne seraient qu'un mauvais moment à passer en attendant des jours meilleurs, et puis non.
Tout faux sur toute la ligne.
J'ai ramé pour apprendre mes cours et je me suis vautrée en stage.
J'ai été fatiguée et j'ai crié sur mes enfants.
J'ai pleuré.
J'ai craqué.
Je me suis arrêtée.

Aujourd'hui, je ne sais plus où j'en suis. Je dois rattraper mon stage et passer la MSP3. Mes collègues de promo seront diplômés début juillet et auront du travail cet été. Je ne serai pas diplômable avant septembre ou octobre. En attendant, je ne suis rien. Ni aide-soignante ni auxiliaire de vie. Rien. Je suis à la maison pendant que les autres sont en stage. Je tourne en rond pendant qu'ils tournent dans les services. Je pleure sur mon échec pendant qu'ils se félicitent de leur réussite.
Je me sens vide. Sans envie, sans vie. Sans projet. Je ne sais même plus si je veux encore être aide-soignante. À quoi bon? Si je ne suis pas capable de m'intégrer dans une équipe, comment ferai-je pour travailler? Si je ne peux pas tenir la cadence, comment serai-je efficiente? Si je ne sais pas supporter les remarques, comment pourrai-je progresser?
Mon bel enthousiasme, mes idéaux, tout ça s'est envolé. Il ne me reste que l'amertume de n'être finalement qu'une élève médiocre, pas fichue de réussir là où personne n'échoue. Médiocre vous dis-je.
Et vide.


vendredi 6 juin 2014

Témoignage d'EAS


Sarah m'a contactée via le blog. On a un peu discuté et, devant la similitude de nos expériences, elle a accepté de partager son ressenti sur la formation d'aide-soignante et les stages. Je l'en remercie.
Elle est présente sur Twitter ici : @MerandSarah



Bonjour
Je m'appelle Sarah, et je suis devenue élève aide-soignante en septembre 2013.
J'ai dû reporter ma formation à cause des échecs en stage et je voudrais vous faire partager mon témoignage.
Mon premier stage était dans une clinique privée spécialisée. Je suis tombée sur une équipe très soudée qui était distante et froide aussi bien avec les stagiaires qu'avec les patients. J'essaye de faire abstraction des griefs que j'accumule à leur encontre et tente de travailler sur ce qu'elles me reprochent. Or je suis perplexe et paniquée à l'écoute du nombre de leurs critiques. Elles me reprochent ma sensibilité, mon stress, mon manque de rigueur, mon manque de concentration, ma spontanéité, le fait que je ne connaisse rien au milieu hospitalier, que je ne sache rien faire, que je n'aille pas assez vite, que j'apprenne mal, etc.
J'ai l'impression d'être nulle, j'ai peur de ne jamais réussir à être assez bien pour devenir aide-soignante mais je m'accroche. C'est raté pour ce stage, mes notes sont catastrophiques, mais sur mon appréciation il est marqué que le contact passe bien avec les patients et que je suis à l'écoute de ce que l'on me dit.
Je travaille, questionne, recherche, me remets en question, inlassablement, et je parviens, malgré un côté relationnel avec l'équipe toujours très difficile (malgré mon travail sur cet aspect là, mon stress modifie mon comportement, me fait perdre mes moyens, je dis n'importe quoi, oublie, fais répéter... ce qui rend souvent difficile le contact avec l'équipe) à obtenir une amélioration dans mes stages suivants.

Je parle toujours autour de moi à mes proches et collègues des difficultés que j'ai, et ce qui me frappe c'est que malgré la gentillesse, l'envie d'aider, la compréhension et la bonne volonté, peu de gens comprennent ce que je traverse, ce qui me fait peur et me questionne d'autant plus (qu'est-ce que je fais de mal, qu'est-ce qui cloche chez moi, etc.)
Une psy me parle de surdouance qui expliquerait les soucis relationnels, ça me paraît peu probable (j'ai déjà été testée petite) mais je me renseigne quand même, à l'heure d'aujourd'hui je ne sais toujours pas, je vais passer des tests cet été.

J'arrive à mon quatrième stage épuisée moralement et tout de suite l'établissement (contrairement aux deux derniers) ne me fait pas bonne impression du tout. Le personnel n'a pas de quoi travailler, les absences sont nombreuses et les remplacements faits à la dernière minute, les patients ont les cheveux sales (ils sont douchés une fois tous les deux mois environ, lorsqu'il y a le temps, ou alors par les stagiaires).
On me fait comprendre que je servirai à faire ce que l'équipe ne peut pas faire. Je travaille seule, avec des patients âgés hémiplégiques, déprimés, parkinsoniens. Je dois les presser, les retourner dans tous les sens, faire leur toilette n'importe comment, leur faire mal parce que je les ai mobilisés seule, parce que je n'ai pas pris le temps, parce que je dois être à l'heure. C'est tout. Ma référente m'accable de reproches et je n'en peux plus. Je n'y arrive plus. Je n'arrive plus parce que je ne comprends rien, parce qu'elle ne comprend rien, parce que j'ai mal de faire le travail que je fais, que je veux bien qu'on me dise que tout est de ma faute, mais qu'alors on me dise comment faire de façon logique et compréhensible parce que là je ne sais plus.
J'atterris en larmes dans le bureau du cadre, qui me dit que j'ai à construire ma façon d'entrer en relation, qu'il n'arrive pas à me cerner, qu'on dirait que je ne veux pas être aidée, que je suis hautaine, que peut-être je suis trop mal pour faire ce métier.
Peut-être. Peut-être. Vous êtes cadre infirmier, vous êtes intelligent, vous êtes compétent, effectivement je suis la seule stagiaire parmi les cinq présentes à galérer comme ça. Mais je veux avancer. Je veux avancer sur moi, je veux apprendre, je veux comprendre, je veux devenir capable. Alors je m'accroche.
Je rate ma MSP qui était perdue d'avance et naufrage la fin de mon stage en arrêt maladie.
J'arrive au cinquième stage à bout mais avec un peu d'espoir quand même.
L'équipe est gentille et compétente mais je n'arrive à rien, alors que j'ai deux MSP pour ce stage. Je suis déboussolée, j'ai perdu toute confiance en moi. Alors cette fois je lâche. Je ne peux pas expliquer comment je suis arrivée au cinquième stage avec aussi peu d'aptitudes techniques, pourquoi les autres réussissent et pas moi, mais ça m'est inacceptable, alors j'arrête.
Voilà où j'en suis.
Si vous avez conseils ou expériences, ça m'intéresse.


mardi 3 juin 2014

Pause

Ce matin, à 8h, j'aurais dû passer la MSP 3. Ce matin, à 8h, je buvais un café tout en écoutant Amélie me parler de sa prochaine évaluation de mathématiques.
Je ne serai pas aide-soignante en juillet. Je le vis un peu mal.
J'ai passé le week-end à tergiverser.
Idée numéro un : retourner en stage lundi matin, faire mon travail cor-rec-te-ment, préparer la MSP, la réussir, finir mon stage en montrant les fabuleux progrès réalisés grâce à cette mise au point, prouver à l'équipe et à la cadre que je peux être une bonne aide-soignante... Et accessoirement, me le prouver à moi-même. Sauf que pour ça, il faut y croire. Manque de pot, je n'y crois plus. Je suis incapable de préparer quoi que ce soit, incapable de réussir le moindre soin, alors un stage et une MSP... Peine perdue! Passons à...
Idée numéro deux : tout pareil, sauf que je m'arrête après la MSP. Il faut juste réussir à donner le change deux ou trois jours, histoire de valider l'examen, et après je peux m'écrouler, j'ai le droit. Sauf que même ça, j'en suis incapable. Me retrouver face à eux est réellement au-dessus de mes forces. J'ai peur et j'ai honte. Passons à...
Idée numéro trois : être malade et ne pas être en état, pour de vrai, d'y retourner. Sauf qu'une maladie, ça ne s'attrape pas si facilement que ça, et je ne suis pas suffisamment bonne comédienne pour simuler un pneumothorax. Personne n'a la varicelle dans mon entourage, dommage. Une gastro, c'est trop court et une scarlatine, trop long. Passons à...
Idée numéro quatre : me blesser. Voilà, ça c'est facile, et je peux le faire toute seule comme une grande : un marteau, une portière de voiture, un couteau... J'ai l'embarras du choix! Il suffit juste de doser les coups, pas besoin d'aller jusqu'à la fracture ouverte non plus! Seule ombre au tableau, il faut quand même que je sois d'attaque pour le prochain stage, ça ne me laisse que deux semaines pour me rétablir, c'est un peu court comme délai. Passons à...
Idée numéro cinq : mourir. Tout simplement. Bye bye la formation, la précarité et tout le reste. Mauvaise élève, mauvaise mère, mauvaise épouse... À quoi cela sert-il de continuer? Sauf que bon, un enterrement, c'est cher, on n'a pas les moyens. Et puis être orphelin(e), je connais, c'est pas la joie, je veux pas ça pour mes enfants. Et puis c'est con mais j'aime mon mari, je veux pas lui faire de peine. En plus mourir, c'est compliqué, faut pas se louper, parce que les séquelles d'un suicide raté ne sont pas très excitantes. Passons à...
Idée numéro six : arrêter la formation. Trouver un travail, n'importe lequel, coiffeuse de poneys ou éleveuse de sauterelles, et oublier mes rêves de soin et de bientraitance. Faire comme si cette année n'avait jamais existé, comme si je n'avais rien vu, rien appris. Oublier le fucking stage à Pétaouchnok et l'EHPAD bientraitant à côté de chez moi, oublier les visages des soignants et des soignés, oublier l'école et les élèves. Oui mais... Tout ça pour ça? Tous ces cours, toutes ces questions, tous ces échanges... Pour rien? Non, impossible. Passons à...
Idée numéro sept : écouter (enfin!) les conseils qu'on me donne. M'arrêter et souffler, parler et pleurer. Ne pas y retourner. Renoncer à la note de stage (médiocre), à la MSP (perdue d'avance), à ma progression (nulle). Aller dès lundi chez un médecin, parler (calmement) de la situation, me faire aider. Prendre un arrêt-maladie et de quoi aller mieux. Puis aller à l'IFAS, affronter ma honte et ma peur et expliquer tout ça. Sans pleurer. Sans craquer. Prier pour ne pas me faire virer.

J'ai choisi la dernière solution.
Arrêt-maladie ok.
Anxiolytiques ok.
IFAS ok.
J'ai pleuré. J'ai craqué. Mais je n'ai pas été virée.

Message à ceux qui sont passés ici ou ailleurs : merci. Vous imaginez même pas à quel point vos mots m'ont fait du bien. Vraiment.