mardi 3 juin 2014

Pause

Ce matin, à 8h, j'aurais dû passer la MSP 3. Ce matin, à 8h, je buvais un café tout en écoutant Amélie me parler de sa prochaine évaluation de mathématiques.
Je ne serai pas aide-soignante en juillet. Je le vis un peu mal.
J'ai passé le week-end à tergiverser.
Idée numéro un : retourner en stage lundi matin, faire mon travail cor-rec-te-ment, préparer la MSP, la réussir, finir mon stage en montrant les fabuleux progrès réalisés grâce à cette mise au point, prouver à l'équipe et à la cadre que je peux être une bonne aide-soignante... Et accessoirement, me le prouver à moi-même. Sauf que pour ça, il faut y croire. Manque de pot, je n'y crois plus. Je suis incapable de préparer quoi que ce soit, incapable de réussir le moindre soin, alors un stage et une MSP... Peine perdue! Passons à...
Idée numéro deux : tout pareil, sauf que je m'arrête après la MSP. Il faut juste réussir à donner le change deux ou trois jours, histoire de valider l'examen, et après je peux m'écrouler, j'ai le droit. Sauf que même ça, j'en suis incapable. Me retrouver face à eux est réellement au-dessus de mes forces. J'ai peur et j'ai honte. Passons à...
Idée numéro trois : être malade et ne pas être en état, pour de vrai, d'y retourner. Sauf qu'une maladie, ça ne s'attrape pas si facilement que ça, et je ne suis pas suffisamment bonne comédienne pour simuler un pneumothorax. Personne n'a la varicelle dans mon entourage, dommage. Une gastro, c'est trop court et une scarlatine, trop long. Passons à...
Idée numéro quatre : me blesser. Voilà, ça c'est facile, et je peux le faire toute seule comme une grande : un marteau, une portière de voiture, un couteau... J'ai l'embarras du choix! Il suffit juste de doser les coups, pas besoin d'aller jusqu'à la fracture ouverte non plus! Seule ombre au tableau, il faut quand même que je sois d'attaque pour le prochain stage, ça ne me laisse que deux semaines pour me rétablir, c'est un peu court comme délai. Passons à...
Idée numéro cinq : mourir. Tout simplement. Bye bye la formation, la précarité et tout le reste. Mauvaise élève, mauvaise mère, mauvaise épouse... À quoi cela sert-il de continuer? Sauf que bon, un enterrement, c'est cher, on n'a pas les moyens. Et puis être orphelin(e), je connais, c'est pas la joie, je veux pas ça pour mes enfants. Et puis c'est con mais j'aime mon mari, je veux pas lui faire de peine. En plus mourir, c'est compliqué, faut pas se louper, parce que les séquelles d'un suicide raté ne sont pas très excitantes. Passons à...
Idée numéro six : arrêter la formation. Trouver un travail, n'importe lequel, coiffeuse de poneys ou éleveuse de sauterelles, et oublier mes rêves de soin et de bientraitance. Faire comme si cette année n'avait jamais existé, comme si je n'avais rien vu, rien appris. Oublier le fucking stage à Pétaouchnok et l'EHPAD bientraitant à côté de chez moi, oublier les visages des soignants et des soignés, oublier l'école et les élèves. Oui mais... Tout ça pour ça? Tous ces cours, toutes ces questions, tous ces échanges... Pour rien? Non, impossible. Passons à...
Idée numéro sept : écouter (enfin!) les conseils qu'on me donne. M'arrêter et souffler, parler et pleurer. Ne pas y retourner. Renoncer à la note de stage (médiocre), à la MSP (perdue d'avance), à ma progression (nulle). Aller dès lundi chez un médecin, parler (calmement) de la situation, me faire aider. Prendre un arrêt-maladie et de quoi aller mieux. Puis aller à l'IFAS, affronter ma honte et ma peur et expliquer tout ça. Sans pleurer. Sans craquer. Prier pour ne pas me faire virer.

J'ai choisi la dernière solution.
Arrêt-maladie ok.
Anxiolytiques ok.
IFAS ok.
J'ai pleuré. J'ai craqué. Mais je n'ai pas été virée.

Message à ceux qui sont passés ici ou ailleurs : merci. Vous imaginez même pas à quel point vos mots m'ont fait du bien. Vraiment.

17 commentaires:

  1. Et tu n'as pas choisi de mourir, ça me semble assez important. Pour moi ça l'est en tous cas. Je t'embrasse

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  2. "À la septième fois, les murailles tombèrent." (Victor Hugo). Bravo! Vous avez fait ce qu'il fallait : vous donner les moyens de surmonter cette crise et de gagner la guerre. Nous savons tous que vous en êtes capable.

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  3. J'ai connu le stage raté. J'ai connu la MSP (non validante, pour le coup) ratée. Juste derrière l'autre stagiaire encensé pour sa performance sur la même maladie (mais pas la même patiente... ma pauvre patiente était encore plus stressée que moi, je l'ai fait pleurer... quand tu n'as pas confiance en toi, comment donner confiance en eux aux autres ?)
    Tout ça alors que j'étais déjà en retard dans mon année, tout ça à cause d'un contexte défavorable et alors que je pataugeais pour savoir à quoi je devais m'attaquer en premier. Et alors qu'on me disait "c'est pas perdu, tu peux y arriver ! Tiens, machin l'a fait !". Moi aussi j'ai pleuré devant la cadre (également prof de mon école).
    Je n'étais pas machin. Et j'ai choisi de me laisser du temps (ce qui passait par un redoublement).
    Je n'ai pas été guérie en deux semaines. Mon stage suivant, je retenais mes larmes aussi, je menaçais de me briser à chaque critique. Mais j'avais commencé à me reconstruire. Et peu à peu, j'ai repris confiance en moi.
    Tout ça pour dire que tu n'es pas sortie d'affaire, mais tu as les éléments pour reprendre pied maintenant. Alors des câlins, quelques doses de courage, et ne perds pas ce qui est essentiel : tes bouts de chou, ton mari, ton bien-être, pour toi, pour eux.

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  4. Tu as fais le bon choix, je dois t'avouer que je suis a deux doigts de faire le même, je suis épuisé, mais vraiment quoi... Semaine évaluation de projet et dossier thématique, comme si on en avait pas eu suffisamment cette année.. Repose toi bien, goûte la chance de pouvoir penser à rien ;)

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  5. C'est un sûrement un peu tôt pour réfléchir sur ce qui nous fragilise ainsi face au jugement de l'autre.
    La Msp, le passage de l'inspecteur de l'éducation nationale, l'entretien annuel d'évaluation, la visite d'accréditation, à quoi est-ce que cela nous renvoie pour en arriver à seulement effleurer le point 5??
    Pourquoi, par qui est-on ainsi amoindri ?

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  6. Courage Babeth, prends le temps de te reconstruire et tu regarderas tout ça à froid.

    Plein de pensées de soutien,

    @dsirmtcom

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  7. Super !

    Tu as opté pour la plus sage des possibilités.
    Tu es au bout du rouleau (compresseur) et as besoin de souffler pour te reprendre.

    Bises

    L'Autre

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  8. courage ! rien est perdu, stagiaire amp mon 1 er stage s est très très mal passé, equipe de merde qui ne me parlait pas ou me gueulait dessus constamment! cadre de santé invisible et insensible face à mon désarroi! je ne suis pas une novice, je connais bien ce domaine! je pleurais tous les soirs en rentrant!!!! je me suis remise en question, j ai eu beau chercher ce qui n allait pas, je ne trouvais pas de réponses!!!! au bout de 5 semaines de stage j ai craqué, j ai appelé mon prof en larmes! il m a rassuré en me disant que je subissais une forme de harcèlement due sans doute a de la jalousie car d apres mon prof je suis débrouillarde et professionnelle! j ai changé de stage, et c est le jour et la nuit comparé à l autre! alors courage, ne désespère pas, un arrêt est indispensable! profites de tes enfants et de ton mari pendant qq jours! je lis ton blog et je suis persuadée que tu es parfaite pour ce métier! bisous

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  9. Ouf! Sage résolution, prends soin de toi! Fred

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  10. Du positif ds ce message, ces OK qui s'enchainent :) Prends-ton temps, prends le temps de laisser grossir toutes ces forces que tu as en toi et qui s'expriment sous ta plume . Des bises

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  11. ne (future)soignante qui apprend (enfin) à prendre soin de soi...bah ce sera une (future) soignante qui pourra bien prendre soin des autres!Parce que...il en faut de la force pour "tout" ça !
    Une ergothérapeute (...qui a mis un peu trop de temps à s'écouter à une période de sa vie professionnelle!...mais qui va bien maintenant!!)

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  12. Bonjour.
    Ca fait longtemps que je suis votre blog "Vieux et merveilles" puis "aux petits soins". J'aime beaucoup votre blog votre regard sur les choses. De plus, j'étais aide à domicile avant et j'ai passé le concours aide soignant en même temps que vous. Je me suis beaucoup retrouvée dans ce que vous ressentiez à propos de la formation, dans vos bonheur et vos difficultés. Jusqu'à ce billet. J'aurais du mal à exprimer ce que j'ai ressenti en lisant vos difficultés en tout point semblable aux miennes. La peur. La honte. Ne pas y arriver, ne pas progresser, craquer. L'incompréhension des autres aussi. J'aimerais beaucoup échanger avec vous si vous êtes d'accord.

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  13. Prends le temps nécessaire pour récupérer et terminer cette formation dans de bonnes conditions.
    Je t'embrasse

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  14. J'ai été très émue de voir comment vous étiez ébranlée : j'ai écrit à une amie AS depuis 10 ans avec le lien vers votre blog.
    Voici sa réponse :
    "Babeth exprime bien son désarroi : on a toutes vécu un moment de stress énorme lors de notre année. Moi qui avait pourtant 10 ans expérience en tant qu'agent, quand je me suis retrouvée à l'école je me suis mis une de ces pressions.
    Mon année s'est super bien passée, super notes, super stages, mais je n'ai vécu que pour cela pendant 1 an.
    J'ai délaissé mon fils, mon mari, mes amis : à chaque repas de fêtes j'étais ailleurs.
    Le jour de mon DPAS je n'ai fait que des conneries, j''étais en panique totale ! Je l'ai eu de justesse et encore parce que j'ai eu la jugeote de demander à la cadre de santé de venir m'encadrer un jour sans me le dire.
    Cela m'a sauvée : comme elle m'avait vue travailler, elle ne m'a pas reconnue le jour J mais elle a compris dans quel état me mettait ce p*tain d'examen et a pu jouer de son grade devant l'examinateur.
    10 ans après, je le vis encore comme un échec c'est dire !
    A l'époque quand tu ratais ton DPAS tu avais encore une chance de refaire une pratique suivant tes notes de l'année, sinon fin d'année, foutu !
    Idem lors des écrits, à chaque devoir les questions portaient sur tous les cours donc toute l'année tu devais réviser sur tout, cardio, gynéco, gériatrie psy, ortho, toutes les lois et systèmes de santé et j'en passe ( pour te donner une idée en une année on avait trois énormes classeurs )"
    et le plus important :
    "Il y a des filles comme Babeth qui se pose des questions et rien que le fait de se poser des questions peut changer la donne et faire d'elle une bonne AS "

    Moi qui vous lis depuis des mois sans rien dire, je sais que vous êtes quelqu'un de bien, pas juste une bonne technicienne sans empathie, sans sentiments ! Courage.

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  15. Bonjour
    ce n est pas tres utile que je laisse un com je suis simplement une malade qui te dit courage
    ton metier est tellement dur
    je me permets de t embrasser tres fort






    on vous demande trop
    et pourtant

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  16. voilà tout à fait ce que je vis, voilà tout à fait les idées que j'ai mais j'en suis à ma MSP1 ! que faire ? comment ne pas être virée de formation comment rattraper le stage et la msp ???

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    1. Tu n'en es qu'à ton deuxième stage, tu es encore apprenante, et tes formateurs sauront en tenir compte. C'est vraiment si mal barré que ça? Tu en as parlé à ton tuteur?

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