vendredi 6 juin 2014

Témoignage d'EAS


Sarah m'a contactée via le blog. On a un peu discuté et, devant la similitude de nos expériences, elle a accepté de partager son ressenti sur la formation d'aide-soignante et les stages. Je l'en remercie.
Elle est présente sur Twitter ici : @MerandSarah



Bonjour
Je m'appelle Sarah, et je suis devenue élève aide-soignante en septembre 2013.
J'ai dû reporter ma formation à cause des échecs en stage et je voudrais vous faire partager mon témoignage.
Mon premier stage était dans une clinique privée spécialisée. Je suis tombée sur une équipe très soudée qui était distante et froide aussi bien avec les stagiaires qu'avec les patients. J'essaye de faire abstraction des griefs que j'accumule à leur encontre et tente de travailler sur ce qu'elles me reprochent. Or je suis perplexe et paniquée à l'écoute du nombre de leurs critiques. Elles me reprochent ma sensibilité, mon stress, mon manque de rigueur, mon manque de concentration, ma spontanéité, le fait que je ne connaisse rien au milieu hospitalier, que je ne sache rien faire, que je n'aille pas assez vite, que j'apprenne mal, etc.
J'ai l'impression d'être nulle, j'ai peur de ne jamais réussir à être assez bien pour devenir aide-soignante mais je m'accroche. C'est raté pour ce stage, mes notes sont catastrophiques, mais sur mon appréciation il est marqué que le contact passe bien avec les patients et que je suis à l'écoute de ce que l'on me dit.
Je travaille, questionne, recherche, me remets en question, inlassablement, et je parviens, malgré un côté relationnel avec l'équipe toujours très difficile (malgré mon travail sur cet aspect là, mon stress modifie mon comportement, me fait perdre mes moyens, je dis n'importe quoi, oublie, fais répéter... ce qui rend souvent difficile le contact avec l'équipe) à obtenir une amélioration dans mes stages suivants.

Je parle toujours autour de moi à mes proches et collègues des difficultés que j'ai, et ce qui me frappe c'est que malgré la gentillesse, l'envie d'aider, la compréhension et la bonne volonté, peu de gens comprennent ce que je traverse, ce qui me fait peur et me questionne d'autant plus (qu'est-ce que je fais de mal, qu'est-ce qui cloche chez moi, etc.)
Une psy me parle de surdouance qui expliquerait les soucis relationnels, ça me paraît peu probable (j'ai déjà été testée petite) mais je me renseigne quand même, à l'heure d'aujourd'hui je ne sais toujours pas, je vais passer des tests cet été.

J'arrive à mon quatrième stage épuisée moralement et tout de suite l'établissement (contrairement aux deux derniers) ne me fait pas bonne impression du tout. Le personnel n'a pas de quoi travailler, les absences sont nombreuses et les remplacements faits à la dernière minute, les patients ont les cheveux sales (ils sont douchés une fois tous les deux mois environ, lorsqu'il y a le temps, ou alors par les stagiaires).
On me fait comprendre que je servirai à faire ce que l'équipe ne peut pas faire. Je travaille seule, avec des patients âgés hémiplégiques, déprimés, parkinsoniens. Je dois les presser, les retourner dans tous les sens, faire leur toilette n'importe comment, leur faire mal parce que je les ai mobilisés seule, parce que je n'ai pas pris le temps, parce que je dois être à l'heure. C'est tout. Ma référente m'accable de reproches et je n'en peux plus. Je n'y arrive plus. Je n'arrive plus parce que je ne comprends rien, parce qu'elle ne comprend rien, parce que j'ai mal de faire le travail que je fais, que je veux bien qu'on me dise que tout est de ma faute, mais qu'alors on me dise comment faire de façon logique et compréhensible parce que là je ne sais plus.
J'atterris en larmes dans le bureau du cadre, qui me dit que j'ai à construire ma façon d'entrer en relation, qu'il n'arrive pas à me cerner, qu'on dirait que je ne veux pas être aidée, que je suis hautaine, que peut-être je suis trop mal pour faire ce métier.
Peut-être. Peut-être. Vous êtes cadre infirmier, vous êtes intelligent, vous êtes compétent, effectivement je suis la seule stagiaire parmi les cinq présentes à galérer comme ça. Mais je veux avancer. Je veux avancer sur moi, je veux apprendre, je veux comprendre, je veux devenir capable. Alors je m'accroche.
Je rate ma MSP qui était perdue d'avance et naufrage la fin de mon stage en arrêt maladie.
J'arrive au cinquième stage à bout mais avec un peu d'espoir quand même.
L'équipe est gentille et compétente mais je n'arrive à rien, alors que j'ai deux MSP pour ce stage. Je suis déboussolée, j'ai perdu toute confiance en moi. Alors cette fois je lâche. Je ne peux pas expliquer comment je suis arrivée au cinquième stage avec aussi peu d'aptitudes techniques, pourquoi les autres réussissent et pas moi, mais ça m'est inacceptable, alors j'arrête.
Voilà où j'en suis.
Si vous avez conseils ou expériences, ça m'intéresse.


15 commentaires:

  1. Bonjour, je viens de lire le témoignage de Sarah. Je ne sais pas si elle a des problèmes pour rentrer en relation avec les gens, moi j'en ai.
    Je suis jeune aide soignante, tout juste diplômée. j'ai souffert durant mes stages.
    Les équipes pour la plupart sont d'une indécente cruauté. Et elles font souvent leurs maximums pour ne pas intégrer les stagiaires, leur reconnaître une place propre, ...
    Elles ne souhaitent pas toutes passer le relais en enseignant.
    J'ai des soucis de relationnel mais étonnement tout se passe bien avec les patients et surtout les résidents en ehpad, voir surtout avec les personnes atteintes d'Alzheimer.
    Ce que je vois dans le parcours de Sarah, c'est qu'elle a réussi à s'arrêter quand elle a vu qu'elle faisait ce qu'on lui demandait mais que cela ne lui convenait pas...
    Vite, trop vite! Seule, au point de faire mal, ... Non, je n'aurai pas supporté cela non plus.
    Où en est elle maintenant?

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    1. Bonjour, nous pouvons discuter ici (sur mon blog liladitça) si vous le souhaitez. Bonne journée.
      Sarah

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  2. bonjour,
    Je suis professionnelles de santé et ce que je lis ici me rappelle ce que j'ai aussi traversé il y 6 ans pendant mes études, et que j'ai heureusement fini par reléguer dans un coin de ma tête.
    J'ai eu plusieurs stages où j'ai vu et entendu des choses choquantes. Mais pour être honnête je n'ai eu qu'un stage qui s'est très mal passé, à tel point que j'ai failli tout arrêter.
    Une chose que je retiens de ce que vous dites:
    Oui il y a des équipes soudées et pas faciles à intégrer, des marâtres comme vous dites (même si moi je les appelais "sales garces"). Mais sur tout ces moutons rencontrés, j'ai toujours eu la chance de trouver un soignant qui se démarquait du lot. Un qui avait conservé l'envie de transmettre son savoir.
    Et un avantage de rencontrer ces "marâtres" c'est que je me disais "une chose est sûre, je ne deviendrai jamais comme elles"
    Je trouve ça désespérant que vous ayez dû traverser ça.
    Je vous remercie de votre témoignage car grâce à lui je ferai encore plus attention aux stagiaires que je reçois.

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    1. Idem,lors de mes stages aide soignante j ai découvert la méchanceté,le mensonge,la mauvaise fois,et l injustice.Certaines tutrices m ordonnaient de faire tout le contraire des régles élémentaire d hygiéne,me parlaient comme si j étais une grosse merde,ou alors elle me laissaient à l écart et me saquaient à la note.Je pense que la plupart font du communautarisme et du racisme sans peut être se l avouer.Si t es pas bronzée t es foutue .Les recours sont inexistants.en tout cas je me suis accrochée'travailler sans rien dire de toute façon elles sont soutenues par la hyerarchie.À l écris j avais 19,en pratique juste la moyenne,et j ai dus refaire un stage.le plus mauvais est derrière. Si je peux te donner un conseil,'ne laisse pas tomber'si c est ce que tu veux faire.

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    2. C'est rare de voir une caste de santé être si compréhensible et faire que les stagiaire s'intègre dans une équipe chapeau

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    3. Bonjour c'est vraiment rare de voir des cadres de santé être aussi compréhensibles avec les stagiaires car certains ont oublié qu'ils ont été autrefois élèves bravo

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  3. J ai vécu la méme chose,la mauvaise fois,et l hystérie de certaine tutrice.elles m ordonnaient de faire le contraire des bonnes pratiques,et des régles d hygiéne élémentaire.Je pense que le communautarisme fonctionne bien.Les recours sont inexistants car elles sont soutenues par leurs hyerarchie, devant lesquelles elles jouent les victimes,et personne n écoute ce que vous pouvez vivre.Le stagiaire n a pas de statut,ma défense était de travailler sans jamais rien dire en étant bien poli,le bonjour ,au revoir.J ai déprimé'maintenant c est derriere'

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  4. Bonjour, j'ai 21 ans et je vien de commencer une formation d'aide soignant en aout 2016. donc pour le 1er stage tous se passe tres bien. stage en geriatrie DANS UNE EPHAD. je precise que j'avais deja un peu d'experience en EPHAD. Tous commence au 2eme stage.

    Je commence un stage dans un service de Chir viseral dans un clinique pv. je realise pour la 1er fois une experience pro dans un service actif. j'arrive assez confiant mais un peu stresser une fois arriver la cadre assez souriante m'acceuil et me presente rapidement le service diviser en 3 secteur.
    Elle me donne le secteur 1 avec un as et une infimiare j'arive avec mon enthousiame et assez timidement et la je tombe sur un as assez sypathique mais tres nul dans l'encadrement. il me laisse toujour a l'ecart, ne m'explique pas notre role dans ce service. et me laisse dans le service sans explications.

    Le reste de l'equipe ne s'occupe pas de moi. sauf a partir de midi une as du service mais du secteur de a coter me demande de me presenter et me dit que je suis stagiare donc que je doit travailler pour 3. et toujours rester actifs. Qu'elle en as marre des stagiares car sa se passe mal en general.
    Le 2eme jours pareil personne s'occupe de moi sauf une infirmiare. et au bout du 3eme jour je suis convoquée par la cadre car mes objectif ete soie disant presenter comme une liste de courses...
    Je pense que le communautarisme ete le fonctionnement de ce service. apres cette prise de position de la cadre je decide donc de me taire et de subir. j'ai donc essyer de prendre des prise d'initiative malgres le manque de savoir faire. Mais les critiques fusent au point de ma faire rougir devant les patients. apres plusieurs jours je pleur de stress. enfin bon j'ai fini le stage m'algres tous et j'ai quand meme rencontre qu'elle que personnes qui m'on prit en charge mais trop peu sur 1 mois de stage.
    j'en garde quand meme un tres mauvais souvenir. et j'espere q'une fois diplomer j'aurais pas le meme comportement vie a vie des stagiare car il faut pas oublier que le statue d'eleve et tres dur.

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  5. Bonsoir, je suis aide soignante dans un service de medecine depuis plus de 20 ans et à chaque fois que je dois encadré des stagiaires aide soignant ou infirmier je n'oublies jamais que moi même j'ai été élève. Je leur dit qu'ils sont ici pour apprendre qu'ils doivent prendre leur temps pour bien intégrer les gestes techniques et qu'ils ne sont pas là pour palier au manque de personnel. Certaine de mes collègues sont de "vraies garces" lorsqu'elles critiquent le travail d'un stagiaire je leur dit que ce sont elles les formatrices et que si l'éléve n'est pas au point c'est de aussi de leur faute. J'ai souvent honte de leur attitude.
    Faites votre stage du mieux que vous pouvez rapprochez vous des moins pires prenez en compte tous les conseils et laissez glisser le reste. Ne perdez jamais de vue les raisons pour lesquelles vous avez voulu faire ce métier. Il vous suffit de la reconnaissance dans les yeux des patients; Chose que ses mégères n'ont pas. Accrochez vous

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  6. je me retrouve dans ce que tu dis, Sarah.. a tel point que moi aussi j avais décidé de ne plus travailler en EHPAD. j ai raté mon diplome AMP à un point et m a fallu du temps pour remonter la pente. ayant 55 ans au moment de ma reconversion dans ce domaine, je n étais pas la stagiaire idéale. cependant, la vie fait qu àprès toutes ces années de galère ( j étais en divorce, rsa, seule , bref des conditions difficile pour cette formation que j ai payé sur mon rsa). n en pouvant plus d etre au rsa, j ai postulé ave énormément de craintes, à pole emploi qui m a trouvé un cdd un an en Ehpad. persuadée qu ils me prendrait pas vu mon age avancé 58 ans , et mon peu d expérience, je suis allée à l entretien plus comme un exercice pour moi-meme qu un réel désir de travailler en ehpad ou alors juste pour faire du ménage. surprise , ils m ont pris en tant que travailleur polyvalent faisant office d aide-soignante.. je te dis pas, j ai passé un mois à me morfondre, prise dans des peurs tellement forte, je ne voulais plus y aller. et j y suis retournée. le ventre en compote. persuadée d etre aussi mauvaise as que j étais mauvaise stagiaire ( selon référent, pareil que toi) cela fait maintenant quelques jours que je suis en poste. je creve de trouille chaque jour, mais au fond je suis tombée sur un ehpad assez familial qui sait comment c est d etre débutante et qui m épaule pour dépasser cette période si difficile de ma vie. finalement, oui,je fais de mon mieux, et essaie de ne pas mettre ce job comme une priorité de la vie. cependant, oui, c est difficile. et là, au moment ou j écris, je me sens déjà dans la crainte pour demain ( j ai congé aujourdhui) car comme partout peu d as et c est le stress. apprendre a accepter d avoir peur, et meme, dans l absolu, d etre incompétente ou pas à ma place, c est un apprentissage de la vie. et ces débuts de travail très dur pour quelque part en moi ou ma bonne volonté a été brisée dans une période ou je me sentais très fragile vu mes conditions de vie, c est pas évident. mais je m accroche. fais face à ces peurs. et surtout , apprndre a ne plus dire: plus jamais en ehpad. car la vie est une surprise, et là, je me surprends aussi a dire que peut-etre ca me conviendra quand j aurai trouvé de la confiance dans ce métier harassant, pour moi, inactive depuis cette expérience et pas dans la fleur de l age.. j arrive sur ce site car justement je voulais voir si la peur de ce métier peut etre surmontée. et je suis désolée que tu aies eu à vivre ce que tu décris car c est vrai, que les gens peinent à comprendre ces harcelements au travail, et que plus on t écrase, plus tu deviens l ombre de toi-meme, et perte des moyens dès qu on est approchée par les collègues. j étais traitée d empotée, de trop d empathie, pas assez rapide, et j en passe. reproches sans cesse, injustices, mensonges, bref tout ce coté de l humanité qui est difficile a surmonter. je te dis courage, et garde tes reves car au fond, la seule satisfaction c était d entendre tous les résidents si heureux de me voir, heureux d avoir un sourire amical et heureux de l échange qu on avait. c ca, qui m a aidé a tenir le coup tout au long de mon stage qui a duré 5 mois. courage Sarah, toutes les ehpad, je m en rends compte maintenant, ne sont pas des briseurs de stagiaires.. choisis une petite structure ( moi, 40 résidents) et vas-y au feeling aussi. merci , pour ce site, de pouvoir exprimer ces peurs d etre as..

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  7. trés trés dur le statut eleve as on nous bouffent la geule

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