dimanche 8 juin 2014

Vide

L'année a été dure.
Les cours, les stages, la promo, la vie de famille, la précarité, la fatigue... Je n'avais pas imaginé que c'était tout ça, la formation. Bien sûr, j'avais lu des témoignages, sur des forums, des blogs. J'avais vu des étudiants en souffrance, qui disaient que c'était dur, j'avais lu que certains craquaient et lâchaient en cours de route. Mais moi, j'avais confiance. Je me croyais au-dessus de ça. Parce que j'avais déjà fait une formation, parce que j'avais une famille, parce que j'étais un peu plus âgée, parce que j'avais déjà traversé des choses pas faciles, et puis, je l'avoue, parce qu'il y avait des gens qui m'avaient dit que je serais une bonne soignante. Alors, confiante et naïve, je me croyais protégée par tout ça. Mon cursus, ma famille, mon âge, mon expérience, mes amis, me tiendraient à l'écart des difficultés. Une année de formation, un diplôme, un boulot à la clé, et à nous le retour à la vie "normale", avec des horaires "normaux" et un salaire "normal"! Tout était planifié, tout allait bien se passer.
Les cours? Niveau V, ça devait être à ma portée voyons, il suffisait de bien réviser.
Les stages? Facile, il suffirait d'être naturelle, d'écouter, d'obéir aux consignes, et ça se passerait très bien.
La vie de famille? Tout allait bien se passer, je ne verrais pas beaucoup les enfants cette année mais c'était pour une bonne cause.
La précarité? Allez, encore dix petits mois à tenir, dix mois ce n'était rien, et puis c'était délicieux les pâtes, on pouvait faire plein de recettes avec, regardez les Italiens!
La fatigue? Hé ho c'est bon, j'avais deux gosses, c'était pas une petite formation qui allait m'effrayer hein!
Confiante je vous dis! Et naïve. Et un peu conne aussi.
Je n'avais pas prévu le stress des évaluations.
Je n'avais pas imaginé que la position de stagiaire serait si difficile.
Je n'avais pas pensé que la vie de famille serait à ce point bouleversée.
Je n'avais pas anticipé les dépenses supplémentaires dûes aux (longs) trajets à répétition.
Je ne m'attendais pas à être épuisée à ce point.
Bref, je croyais que ça irait, et puis non.
Je croyais que je serais une bonne élève et une bonne stagiaire, et puis non.
Je croyais qu'à la maison ça irait, que ces quelques mois ne seraient qu'un mauvais moment à passer en attendant des jours meilleurs, et puis non.
Tout faux sur toute la ligne.
J'ai ramé pour apprendre mes cours et je me suis vautrée en stage.
J'ai été fatiguée et j'ai crié sur mes enfants.
J'ai pleuré.
J'ai craqué.
Je me suis arrêtée.

Aujourd'hui, je ne sais plus où j'en suis. Je dois rattraper mon stage et passer la MSP3. Mes collègues de promo seront diplômés début juillet et auront du travail cet été. Je ne serai pas diplômable avant septembre ou octobre. En attendant, je ne suis rien. Ni aide-soignante ni auxiliaire de vie. Rien. Je suis à la maison pendant que les autres sont en stage. Je tourne en rond pendant qu'ils tournent dans les services. Je pleure sur mon échec pendant qu'ils se félicitent de leur réussite.
Je me sens vide. Sans envie, sans vie. Sans projet. Je ne sais même plus si je veux encore être aide-soignante. À quoi bon? Si je ne suis pas capable de m'intégrer dans une équipe, comment ferai-je pour travailler? Si je ne peux pas tenir la cadence, comment serai-je efficiente? Si je ne sais pas supporter les remarques, comment pourrai-je progresser?
Mon bel enthousiasme, mes idéaux, tout ça s'est envolé. Il ne me reste que l'amertume de n'être finalement qu'une élève médiocre, pas fichue de réussir là où personne n'échoue. Médiocre vous dis-je.
Et vide.


17 commentaires:

  1. Rah mais non !! c'est la fatigue qui parle, c'est le ras le bol, ce n'est pas parce que tu es tombé que tu as tout raté. C'est dur, c'est rageant, ça donne envie de dire, Merdum, Or si tu ne vas pas au bout, tu vas t'en vouloir, et ça c'est pire.
    Il vaut mieux les Remords que les Regrets. Fini ton année, pour toi, pour tout ce que tu as fais ne soit pas pour rien.
    Après tu pourras encore changé d'avis, mais tente, mets ta colère dans cette dernière ligne droite.

    Gros bisous

    Ps: ça vient d'une handicapée qui n'a pas fini ses études et qui maintenant regrettes parce que je suis incapable de le faire.

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  2. Ce n'est pas un échec, c'est une pause, dont vous aviez besoin. Vous avez perdu une bataille, vous n'avez pas perdu la guerre, ce sont vos propres - et justes - mots.
    Regardez de quel côté vous risquez le plus d'avoir des regrets. Je pense que c'est tout vu.
    Mais je ne vais pas prétendre que c'est pas dur. Plein de pensées vous accompagnent, de tous ceux qui vous lisent, émus et admiratifs.

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  3. ha mais non alors!!! vidée, fatiguée, épuisée ça sent le burn out tout ça!!! Babeth, je ne sais pas comment on s'en sort, je ne sais pas si de dire que rester à la maison à tourner en rond et à remâcher indéfiniment les échecs c'est la bonne stratégie à adopter. je ne peux pas te dire: "sors, va au soleil écoute les oiseaux chanter, regarde tes enfants rire dans les rayons, allez à la plage voir la mer en famille..." je ne suis pas sûre que tu en aies encore l'énergie. mais fais-toi aider oui. vas voir un médecin, un psychologue, un psychiatre, un médecin du travail je ne sais pas mais un pro qui va t'aider à retrouver le chemin, le tien. les médicaments et le repos ça aide mais ça ne fait pas tout. et puis si ce n'est pas le chemin de l'école que tu retrouves au bout, si c'est un autre chemin, c'est pas grave ce sera le tien et ça c'est bien.
    des pensées positives, des étoiles et des tonnes de bonnes ondes pleines d'énergie...

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  4. C'est dur très dur d'être stagiaire, et je sais de quoi je parle... 4 années d'élève sage-femme avec un enfant !!! Mais il FAUT tenir le coup car au bout il y a un métier qui plait et que l'on pratique comme on l'entend ! Après toutes ces équipes médisantes et malveillantes, on les oublie ou pire, elles nous considère différemment parce que nous sommes diplômées, et là, tout s'éclaircit, et devient fluide, on arrive vraiment à être de bons soignants parce que nous n'avons plus d'épée de Damoclès sur la tête, nous sommes enfin LIBRES, pas jugées ni évaluées, ni en examen, entrain de réviser, la vie n'est plus la même... et vraiment, ça vaut le coup ! Vraiment ! Allez tient bon, qu'est-ce que c'est dans une vie un stage et une MESP ? Dans quelque temps cette mauvaise passe sera derrière toi et tu tu y penseras de moins en moins... courage, il faut persévérer !!!
    Pleins de pensées positives pour toi !! Courage !
    Marie

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  5. Vous le dites si bien: vide.
    Il faut peut-être en passer par là pour se reconstruire.
    Après la grippe aussi: vide
    Après une intervention chirurgicale aussi, vide.
    Après une grossesse...hum non, j'arrête, c'est dur le vide, pas drôle, mais c'est le début de quelque chose de neuf.

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  6. j'ai hésité à répondre la fois précédente. Je suis médecin et je passe dans des lieux de stage d'aides soignantes. Et je suis régulièrement stupéfaite du manque de considération de certaines équipes pour leurs stagiaires. Non, être stagiaire, ce n'est pas facile toujours et cela n'a pas nécessairement un lien avec les compétences. Et faire une formation tout en ayant une famille, c'est un vrai défi, souvent mal considéré d'ailleurs.
    Probablement que vous aviez sous estimé les difficultés, mais ce n'est pas pour cela que c'est perdu ou que vous êtes médiocre.
    Je vous envoie toutes mes pensées

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  7. je rejoins l'ensemble des commentaires en réponse à vos doutes
    Reprenez confiance en vous!
    amicales pensées
    danyhube

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  8. Bonjour,

    Je vous ai connue via des "sœurs de combat". Cela me fait mal, de constater que des personnes qui veulent vraiment aider les patients que nous sommes, puissent être broyées par tant de "méchanceté" de la part des pseudos soignants déjà en place. Ce n'est pas normal!
    J'ai été patiente "cobaye" pour une évaluation d'une stagiaire j'ai autant souffert qu'elle (moralement), car physiquement cela a été l'enfer...
    Et pendant ce temps là la cadre, et l'aide soignante parlaient de leur vie privée...
    Alors, tenez bon. Et surtout gardez votre envie et votre enthousiasme.

    L'hopital, j'y ai travaillé dans l'administration (maintenant, à 55 ans, je suis à la retraite pour invalidité). Il se déshumanise à vitesse grand V, et personne ne comprend personne....
    Et quelque part (je vais être méchante), vous êtes trop intelligente, et vous devez leur faire peur !!!! ;)
    Bon courage pour retrouver des forces et arriver à leur clouer le caquet!

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  9. C'est la première fois que je vous contacte mais je vous suis sur Twitter depuis déjà un bon bout de temps et vous admire depuis bien longtemps. Je comprends que la période soit difficile, décourageante et démoralisante. Mais vous avez le droit de faire une pause. Le droit, mais aussi peut-être le devoir, pour vous ressourcer un peu et devenir une aide-soignante vraiment humaine.
    Alors prenez du temps pour vous, autant qu'il vous en faut, mais ne perdez pas courage. Vous serez peut-être diplômée plus tard que les autres de votre promo, mais vous serez diplômée. Et vous l'aurez largement mérité !!

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  10. je croyais que mon comm était passé. il n'avait rien d'original : le problème n'est pas toi ou ta façon d'être (on peut imaginer qu'il y a toujours des améliorations possibles) le pb est ce mépris pour tous les stagiaires (je l'ai ressenti dans une moindre mesure lors de mon stage interné) corvéables à merci, qu'on critique parfois dès leur entrée en salle de soins...le problème c'est aussi la hierarchie dans les structures hospitalières et le fait que certains cadres petits chefs s'accrochent au pouvoir au lieu de mettre dans leur priorité le bien être des patients et des personnels. je te l'ai dit j'estime que tu as été maltraitée jugée uniquement à charge et ça c'est inadmissible. exemple : on t'a reproché une non observance des consignes d'hygiène : admettons que tu n'aies pas passé les mains à l'alcool en entrant dans une chambre... S'il doit y avoir une remarque ou mm une engueulade c'est tout de suite dès la faute constatée et non en fin de stage... je te connais et je ne peux même pas imaginer que tu sois assez nulle pour récidiver après une remarque justifiée. Je suis toujours très en colère. Si j'étais dans ton service on m'aurait entendu gueuler très fort . tiens le coup ne les laisse pas gagner reprends des forces auprès de ta famille .bosse bien tes cours pour la partie théorique en septembre(?) bises

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  11. Ça en vaut la peine. Une fois professionnel, le changement de perspective est radical.

    Je vais faire une analogie a la con: quand tu prends des heures de conduite pour passer le permis, tu es en permanence sous le regard jugeant d'un formateur, ou d'un examinateur. Le stress est au rendez vous, on fait des erreurs, on a l'impression qu'on va jamais y arriver, et puis quand c'est untel ça passe pas bien, et machin râle, et bordel, que c'est dur et qu'on se sent pas pret.

    Et puis un jour on a son carton rose dans la main et le volant, on est seul. Et on se rend compte qu'en fait, ça va. Passer les premiers jours, puis les semaines, les mois, on a mit a l'épreuve nos réflexes, on pu constater qu'on y arrivait, qu'on maitrisait très bien ce qu'il y a un ans, deux ans, plus, on ne maitrisait pas du tout.

    La condition de stagiaire est très particulière. Pour l'avoir vécu, avoir interrompu des études d'ide pour travailler en tant qu'aide soignante, une fois professionnelle, auprès de mes collègues, j'étais pro, et il ne m'a pas fallu très longtemps pour me sentir a l'aise avec ce que je faisais. Ça en vaut vraiment la peine.

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  12. Ce n'est pas parce que vous n'avez pas réussi avec une équipe que vous n'allez pas trouver une équipe ou vous serez en harmonie et aux petits soins ...
    Il est trop tôt pour avoir une vision objective de vous même ...
    N'ayez pas peur d'en parler avec un pro ....
    On voudrait pouvoir refaire le monde repenser ses gestes ses actions avoir été plus forte.... plus...plus..plus.... On a fait à ce moment là ce qu'on a pu avec les moyens du bord avec l'expérience qu'on avait ou pas à ce moment là .... rien n'est vain babeth prenez le temps de vos choix .... d'en parler.... d'évacuer le raz de marée qui vous a chamboulée.... et de repartir avec toutes les cartes en main et une vision éclaircie..... Je vous envoie tout mon courage.... Malou

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  13. Très intéressante, l'analogie avec le permis de conduire!
    Combien de personnes le plantent alors qu'elles ont tout intégré ? Et par la suite,une fois la cap passé n'auront jamais aucun problème ?
    Pourquoi le stress est-il le plus fort?

    Et combien le réussissent et conduisent très très mal après. Et t'expliquent comment faire pour ne pas respecter la loi. Et ne respectent en fait ni rien, ni personne? Comme ça, tranquillement.

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  14. Euh... Ben t'as toujours mon numéro ? Tu peux m’appeler hein !
    A+
    Yann

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  15. Marie a tout dit.... Je t'envoie plein de forces! Biz

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  16. faire une formation en tant que mère de famille est une des choses qui :me semble les plus difficiles ,j'ai eu des collègues de promo qui interrompaient leurs études .Beaucoup ont repris l'année d'après et ont eu leur diplôme .L'échec n'est définitif que si on ne réessaie (mon papa, 80 ans , a affiché cette phrase de ???(je ne sais plus ),pour nous consoler quand les choses n'ont pas été comme cela aurait dû....Ne soyez pas trop dure avec vous même ,vous êtes capable d'avoir votre exam , c'est juste les conditions de vie qui sont difficiles .
    Un jour viendra ou ça ira !Bises

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  17. Je t'en pie ne te laisses pas intimider aussi facilement par les lieux de stages. On ne devient pas un professionnel expert en cours de formation, on le devient tout au long de sa carrière. L'école d'aide-soignantes nous plonge dans un univers complètement paradoxal où nous affrontons multitudes de modèles et de contre-modèles. Parmi eux certains prennent goût au pouvoir jouissant de cette ascendance qu'ils ont sur les élèves, une manière pour eux de se sentir tout puissant, de montrer qu'ils détiennent la connaissance et le savoir-faire de leur métier. Être stagiaire, parfois, c'est rivaliser avec eux. En effet, malgré le statut d'élève, la rivalité s'installe et laisse place à l'animosité parce que le stagiaire apporte avec lui toutes les bonnes pratiques qui lui ont été enseignées et transmises au centre de formation. De cette manière l'apprenti détient des ressources nouvelles, des savoirs actualisés que certains soignants méprisent parce que cela leur renvoie un modèle de professionnel plus perfectionné, plus compétent, plus informé, mieux formé, plus qualifié. Je ne te connais pas mais ai des convictions forte à ton sujet quant à ton devenir dans ce métier, si beaucoup plus d'aides-soignants en fonction actuellement se questionnaient comme tu le fais et faisaient preuve de la même empathie que toi la réalité ne serait pas aussi cruelle et aussi inhumaine. Une personnalité comme la tienne avec une telle réflexion mêlant éthique, humilité, ouverture d'esprit et recul à entièrement sa place au sein de notre famille, largement. Tu fais peur à certains parce que tu poses des questions censées auxquelles ils ne savent pas répondre, tu déranges par ton intelligence et ton raisonnement. Un soignant n'est pas un robot, un soignant ne se réduit certainement pas à une technique, à un minuteur, n'est surement pas là pour faire des jugements de valeur, pratiquer des soins à la chaîne, négligées, pauvres humainement. Comme tu l'as très bien dit dans un de tes poste c'est la bienveillance qui fait la qualité d'un professionnel, alors oui le reste est important mais sans cette bienveillance l'aide-soignants n''existe plus c'est la machine qui prend le dessus. Une MSP ne défini pas la soignante que tu seras demain, tu es dans le vouloir bien faire ça se sent, ça se lit, c'est palpable, combien de personne peuvent prétendre à tant de richesse, de valeur ? Se questionner, douter, remettre en cause sa pratique sont les clefs qui feront de toi cette soignante au coeur noble. Peut-être que tu ne maîtrises pas parfaitement certains savoir-faire mais dispose à n'en pas douter des qualités et valeurs indispensables à l'exercice de la profession. Si toi tu ne te crois pas à la hauteur beaucoup ne devraient pas être diplômé... je trouve ça terrible de devoir perdre des personnes aussi précieuses que toi, c'est une honte je dirai même. Tu as beaucoup à offrir, tu dois mettre tes talents et ton humanisme au service des autres, ce métier tu l'as, tu l'incarnes, tu en es prédisposé. Fais toi confiance mais ne te noie pas dans un flot de médisance qui ne te profite pas, prends en compte mais forge un mur protecteur contre toutes ces agressions et ces pollutions microbiennes, si nécessaire fais un rappel anti-soignant diabolique ^_^. Je souhaite, par ce commentaire, un peu excentrique, t'encourager parce que je te crois sincèrement bâtit pour nous rejoindre.

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