mercredi 30 juillet 2014

M comme...

Le titre n'est pas de moi, je l'ai honteusement piqué à Fluorette, j'espère qu'elle ne m'en voudra pas.

M comme Marisol. Cette lettre est pour toi, Marisol, même si je sais qu'il y a peu de chances qu'elle te parvienne. Tant pis, je l'écris quand même, ça me fera du bien et toi... ben toi... ça ne te fera rien, comme le reste.

M comme Meurtre. En France, en 2014, le meurtre d'une jeune institutrice émeut tout un pays. Mais le meurtre d'une infirmière (moins jeune certes, mais quand même!), qui s'en soucie? Qui pleurera pour cette femme tuée dans l'exercice de ses fonctions? L'une reçoit les honneurs de la France, l'autre n'a droit qu'à un entrefilet dans la presse régionale. Les infirmières n'ont plus la cote on dirait (tu la sens la pointe d'humour dans cette phrase?). Tu trouves ça normal Marisol? Rien ne te choque dans le traitement de l'information?

M comme Mutisme. J'arpente ton blog, Marisol, et je n'y trouve rien. Où est l'infirmière assassinée? Et celle rouée de coups à Toulouse? Où sont tes condoléances et ta stupéfaction? Rien. Je ne trouve rien. Rien que du silence et de l'indifférence.

M comme Ministre. Tu es Ministre des Affaires sociales et de la Santé c'est bien ça? Mais la santé de qui au fait? Celle des soignés mais pas celle des soignants?

M comme Mépris. Quand je pousse une porte, je ne sais pas toujours ce qu'il y a derrière. Il y a d'adorables vieilles dames et des patients déments. Il y a des blessés qui souffrent et des enfants qui pleurent. Il y a des gens qui attendent un bassin et d'autres qui attendent la mort. Avec chacun, j'essaie d'être une bonne soignante, du moins j'essaie d'être la moins mauvaise possible. Avec tous, je sais que tout est possible. Des sourires ou des larmes, de la douceur ou des cris. De la douleur, parfois. De la violence aussi. Je pensais naïvement que tu en avais conscience, que tu connaissais un peu le quotidien de ceux dont tu te dis la ministre. Mais en fait non. Allez, avoue, tu t'en fous c'est ça?

M comme Mali. Le vol AH5017 d'Air Algérie s'est écrasé au Mali et tout un pays est en deuil. Comme les autres, tu es pleine de compassion pour les proches endeuillés. Mais il faut que je te dise, Marisol : dans cet avion, il y a avait une jeune fille qui allait entrer en deuxième année de soins infirmiers. Elle est morte, et toute sa famille avec elle. Marisol, tu te tais face à une infirmière assassinée, tu te tais face à une infirmière agressée, mais l'honneur est sauf puisque l'élève infirmière a eu l'honneur de ta sympathie.

Si je comprends bien, il faut donc 118 morts pour que tu t'intéresses (un peu) à nous. Ça fait cher l'émotion tu ne trouves pas?

samedi 26 juillet 2014

(Re)découverte

Dernier stage : SSIAD. Bonheur. Retrouver ces petites choses qui font le charme du domicile : rencontrer les patients et leurs familles, découvrir leur intérieur et leurs habitudes, s'émerveiller du chat qui ronronne et respirer l'odeur du pain grillé...
Et, surtout, prendre son temps. Pas de sonnettes intempestives, pas de regard en coin sur la pendule d'argent qui ronronne au salon, celle qui oui qui dit non, celle qui attend.
Le SSIAD, ce sont des gens, plein, mais aussi une équipe. Je fais la tournée avec les uns et les autres, et les trajets nous laissent le temps de discuter. Alors j'écoute leurs histoires, leurs parcours, leurs façons de faire. Je m'enrichis de leurs conseils et de la multitude de petites astuces du quotidien. Je découvre une relation soignants/soignés que j'avais fini par croire impossible, mais aussi une entente entre soignants. Entraide, solidarité, respect. Et forcément, je tombe amoureuse.
Et vous voulez savoir ce qu'il y a de plus fantastique? C'est la réunion d'équipe. Une fois par semaine, réunion après la tournée du matin, et point sur les tournées en cours. Quels sont les points importants de la semaine, les tournées sont-elles équilibrées, y a-t-il des difficultés quelque part? Et là, un truc de folie, l'équipe réajuste la tournée! Oui, l'équipe!
"Ça serait bien d'arriver plus tôt chez Madame Machin, faudrait la mettre sur la tournée B."
"La tournée C est trop lourde, faudrait rééquilibrer."
"Celui qui fait la tournée A a du temps pour aller aider chez Monsieur Bidule, ça allégera un peu la E."
À la fin de la réunion, chacun a pu dire ce qu'il avait à dire, les difficultés des uns ou des autres ont été discutées, et c'est reparti pour la semaine.
Et là, je me surprends à rêver... Si seulement l'encadrement avait été le même quand j'étais auxiliaire de vie à Morteville, si nous avions pu nous voir régulièrement et non une fois tous les six mois, si on nous avait donné un temps pour discuter en toute simplicité de ce qui allait bien ou pas, sans la peur d'être jugées ou blâmées...
Finalement, je crois qu'être heureux au travail ne tient pas uniquement à ce que l'on fait, mais aussi et surtout à comment on le fait.
(Babeth, 37 ans, découvre la vie... Il était temps!)

mercredi 16 juillet 2014

Confidences

Dernier stage. SSIAD. Horaires en coupe. J'ai profité de mon après-midi pour retourner à l'école. J'ai rendez-vous avec ma tutrice "pour faire le point". Mes collègues de promo sont déjà presque tous diplômés, et presque tous en poste. Moi, je suis encore en stage, et ne serai pas diplômée avant le mois d'octobre.  EAS décalée mais pas décalquée.
Ce dernier rendez-vous à l'école, j'avoue que je l'attends avec impatience, pour parler de l'année écoulée, de mon ressenti de formation, de stage, de future professionnelle. De mes projets aussi.
14h. Bureau de la formatrice. Dans ce bureau, j'ai beaucoup parlé, parfois pleuré. Dans ce bureau, une femme m'a beaucoup écoutée, parfois réconfortée. Dans ce bureau, il y a maintenant une formatrice et une presque ancienne élève, une infirmière et une presque aide-soignante. Des presque collègues finalement. On parle. Des cours, des stages, de la découverte des patients et des équipes. De l'empathie, du "prendre soin", des émotions. Je relate une histoire vécue en stage (faudra que je vous raconte, ça parle de barquettes en plastique, c'est drôle vous verrez), on enchaîne sur l'éthique, le regard, la volonté de ne pas s'habituer à ce qui nous choque (du coup faudra aussi que je vous parle de Cathy un jour, c'est pas drôle vous verrez). Quotidien et routine, éthique et déontologie... La discussion est enrichissante, j'aime cet échange, et c'est tout naturellement que je parle d'écriture quand nous abordons le délicat sujet des projets professionnels. Des projets, j'en ai plein, j'ai d'ailleurs repéré quelques formations sympathiques. Soins palliatifs, maladie d'Alzheimer, Humanitude, thérapie par médiation animale... Ce ne sont pas les sujets qui manquent! Mais, par-dessus tout, au milieu de tous ces domaines à explorer, l'écriture. Écrire, réfléchir, me poser des questions... accepter de ne pas toujours y trouver de réponses. Et partager. La tentation est grande de donner l'adresse de ce blog à ma tutrice. Parce que j'aime le regard qu'elle a sur les choses, parce que j'aime son humanité, parce que j'aime sa façon de parler du métier d'aide-soignante. Parce qu'écrire toute seule dans mon coin et fanfaronner sur les réseaux sociaux, c'est facile, mais me confronter au métier et au regard de mes pairs, c'est une autre paire de manches (courtes, les manches, bien sûr).
Je suis vraiment tentée de tout "avouer"... mais je me retiens. Peur, moi? Oui, un peu. Peur d'avoir fauté, peur d'être réprimandée. Alors j'évoque juste un projet de livre, comme ça, pour voir, un jour peut-être. Moitié sérieuse, moitié rieuse. Mais pas du tout menteuse, ça c'est sûr! Et je promets, une fois la formation vraiment finie, de lui en amener quelques pages... Mais en élève prudente que je suis, j'attendrai d'avoir le diplôme en poche. Pas folle Babeth!