lundi 7 mars 2016

Hôpital

J'ai été patiente.
J'ai été accompagnante.
J'ai été stagiaire.
Aujourd'hui, je suis aide-soignante à l'hôpital. L'hôpital qui a vu naître mes enfants. L'hôpital qui a accueilli quelques proches en urgence. L'hôpital qui a vu mourir mon beau-père.
Je découvre l'envers du décor. Je me perds dans les couloirs. Je franchis des portes sur lesquelles il est inscrit "réservé au personnel". J'ai une tenue blanche et je croise plein de gens portant cette même tenue. Je me gare au "parking du personnel" (mais je galère quand même à trouver une place).
J'écoute les histoires que me racontent les vieux infirmiers du service. J'écoute la psychiatre m'expliquer les mots que je ne comprends pas. J'écoute les patients me parler de tout et de rien quand je leur apporte le repas. J'écoute les transmissions. J'écoute, je note, j'enregistre.
Le soir, quand je rentre, j'ai encore tous ces mots dans la tête. Plein de mots pour plein d'histoires. Des histoires de suicide manqué, de dépression, de violence. Des histoires familiales trop lourdes à porter. Des histoires qui se répètent.
Je me dis qu'il n'y a parfois pas grande différence entre les soignants et les soignés. Je repense à Montaigne et à son "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Je me dis que cette phrase pourrait aussi illustrer la psychiatrie.
Mon remplacement se finit bientôt. C'était court mais intense. J'ai détesté être stagiaire à l'hôpital, j'ai adoré y être soignante.
Je viens de mettre un pied en psychiatrie, j'ai hâte d'y mettre le deuxième.